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Demain – Numéro zéro bientôt en ligne

mai 21, 2020


© Marc Guillaumat

Paul Konstantin – DANS MA NICHE

mai 18, 2020


Dans ma niche.
Planté au sol.
Les parois flottantes se répandent en couches vernies.
Un crépitement.
J’établis des significations.
Je rebondis.
Je me love dans un interstice.
Entre deux blocs connexes, je familiarise.
C’est trop fort.
Je repars d’un coup de moteur adéquat.
J’ai peur d’être tout seul au fin fond d’un interstice.
Je suis perdu dans l’infini.
Ils vont m’oublier.
Je vais me faire exterminer par l’ennemi.
Je veux me connecter par d’autres liens.
Je sors la tête de ma niche.
Le monde est là.
Toujours de plus en plus étrange.
Mon corps et sa présence se meuvent dans la rue.
Je sens ma poitrine aérée.
Je suis seul.
Je rejoins un ami.


© Tous droits réservés
© Photographie Damien Paisant

Aimé CÉSAIRE – Une Vie, une Œuvre

mai 15, 2020

Blaise CENDRARS, choix de textes

mai 13, 2020

Oyster-bay


Tente de coutil et sièges de bambou

De loin en loin sur ces plages désertes on aperçoit une

hutte couverte de feuilles de palmier ou l’embarcation

d’un nègre pêcheur de perles

Maintenant le paysage a changé du tout au tout
A perte de vue

Les plages sont recouvertes d’un sable brillant

Deux ou trois requins s’ébattent dans le sillage du yacht

La
Floride disparaît à l’horizon

On prend dans le meuble d’ébène un régalia couleur d’or

On le fait craquer d’un coup d’ongle

On l’allume voluptueusement

Fumez rumeur fumez fumée fait l’hélice


Klaxons électriques


Ici on ne connaît pas la
Ligue du
Silence

Comme dans tous les pays neufs

La joie de vivre et de gagner de l’argent s’exprime par la

voix des klaxons et la pétarade des pots d’échappement

ouvert


Golden-gate


C’est le vieux grillage qui a donné son nom à la maison
Barres de fer grosses comme le poignet qui séparent

la salle des buveurs du comptoir où sont alignés les

liqueurs et les alcools de toutes provenances
Au temps où sévissait la fièvre de l’or
Où les femmes amenées par les traitants du
Chili ou du–

Mexique se vendaient couramment aux enchères
Tous les bars étaient pourvus de grillages semblables
Alors les barmen ne servaient leurs clients que le revolver

au poing
Il n’était pas rare qu’un homme fût assassiné pour un

gobelet
Il est vrai qu’aujourd’hui le grillage n’est plus là que

pour le pittoresque
Tout de même des
Chinois sont là et boivent
Des
Allemands des
Mexicains
Et aussi quelques
Canaques venus avec les petits vapeurs

chargés de nacre de copra d’écaillé de tortues
Chanteuses
Maquillage atroce employés de banque bandits matelots

aux mains énormes


Ligne télégraphique


Vous voyez cette ligne télégraphique au fond de la vallée et dont le tracé rectiligne coupe la forêt sur la montagne d’en face

Tous les poteaux en sont de fer

Quand on l’a installée les poteaux étaient en bois

Au bout de trois mois il leur poussait des branches
On les a alors arrachés retournés et replantés la tête en

bas les racines en l’air
Au bout de trois mois il leur repoussait de nouvelles

branches ils reprenaient racine et recommençaient à

vivre
Il fallut tout arracher et pour rétablir une nouvelle ligne

faire venir à grands frais des poteaux de fer de
Pitts–

Burg


Lettre-océan


La lettre-océan n’est pas un nouveau genre poétique
C’est un message pratique à tarif régressif et bien meilleur marché qu’un radio

On s’en sert beaucoup à bord pour liquider des affaires que l’on n’a pas eu le temps de régler avant son départ et pour donner des dernières instructions

C’est également un messager sentimental qui vient vous dire bonjour de ma part entre deux escales aussi éloignées que
Leixoës et
Dakar alors que me sachant en mer pour six jours on ne s’attend pas à recevoir de mes nouvelles

Je m’en servirai encore durant la traversée du sud-atlantique entre
Dakar et
Rio—de—
Janeiro pour porter des messages en arrière car on ne peut s’en servir que dans ce sens-là

La lettre-océan n’a pas été inventée pour faire de la poésie

Mais quand on voyage quand on commerce quand on est à bord quand on envoie des lettres-océan

On fait de la poésie

Recyclivre, le plaisir de lire tout en faisant un geste solidaire

mai 11, 2020

Joindre le plaisir de lire tout en faisant un geste solidaire

La logistique de Recyclivre est réalisée par des travailleurs et travailleuses de l’inclusion sociale et 10% du prix de vente reversé à des associations ayant des actions concrètes en faveur de l’éducation et de l’écologie.

1 300 000 livres d’occasion dans l’entrepôt de Recyclivre juste à l’extérieur de Paris. Si vous avez besoin d’un livre, commandez-le sur leur site :

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Cesare Pavese dans « Un siècle d’écrivains »

mai 5, 2020

Elis Podnar, choix de textes

mai 5, 2020
j’écris
cette distance
continuellement
articulée,
cette lumière
qui se heurte
au tumulte
réconciliant des mots

*

il suffirait de trouver
quelques similitudes
entrelacées
dans un espace
sans temps,
une parenthèse
toujours ouverte

à l’épicentre
de l’enfance,
chaque instant
conserve
l’efflorescence
d’un nouveau trajet

*

arrête-toi
encore une fois
devant cette fragrance
en désordre

(avec ton ruban
vert et noir)

il a fallu
ouvrir les ombres
et secouer les braises
de tous les jardins
en fleurs

*

ars moriendi

elle nourrit
les rêves et
les petits moineaux
avec des miettes
de pain
elle est seule,
insoupçonnée,
la fée aux pieds nus,
elle fait abattre
l’échafaudage en
rouge vermillon
de l’automne

*

cette nuit,
il neige
(comme à la
naissance
des étoiles)
des flocons
lourds et rares
qui tombent
à la cadence
des années-lumière

au matin,
la ville sera
un chaos
de cristaux épurés

L’invisible – Alice MOINE

mai 3, 2020



Je n’ai plus de mots.
Avant, je regardais devant
Puis tout s’est arrêté.
On m’a dit reste chez toi.
Lave-toi les mains.
Laisse ta mère seule.
Loin.
On m’a dit que c’était pour son bien.

Dans la ville que j’habitais, le sol vibrait.
Des sous-sols des parkings, on s’évadait.
Combien de temps l’exode ? Qui le savait ?
Moi, je suis restée.
À force, cette ville était devenue mienne.
Je croyais être d’ailleurs mais j’étais ici chez moi,
Parisienne.
Ma planète rétrécie comme peau de chagrin,
Un monde à portée de main d’un kilomètre au loin,
Quatre membres sans compter le félin
Prisonniers de quatre murs près d’un cimetière.

La fête était finie, voilà tout.
Elle avait cessé depuis longtemps
Pour qui osait regarder vraiment.
Quand on partait, c’était pour fuir.
Quand on riait, c’était pour oublier.
L’an passé, la cathédrale avait brûlé,
Le jaune repeignait les ronds-points,
Quelque chose s’était brisé
Bien avant l’irruption de l’invisible menace.

De quelle graine malsaine était-elle le fruit ?
De l’écho lointain des forêts qu’on avait rasées ?
De la vie sans joie des travailleurs déracinés du monde entier ?
Ou de l’orgueil de ces hommes qui disaient gouverner ?

La tempête soufflait si fort que nous sommes tous rentrés.
Sagement, docilement.
Tous rentrés dedans, à l’abri de nous-mêmes.
Tout ami pouvait être un danger,
Comme tout parent un être à protéger.
S’isoler était la preuve d’aimer
Quand bien même l’isolement pouvait aussi tuer.

Libertés balayées,
Avenir incertain,
Amour distancié,
Peur pour ceux qu’on soigne,
Peur pour ceux qui soignent,
Béance sous nos pieds.
Nous n’avons rien choisi.

Manque de bras grand-ouverts,
De ces voix familières,
Manque de tous ceux que nous aimons dont il faut se sevrer,
De tous ceux que nous aimerions si nous les avions frôlés,
De klaxons, de cohue, de désordre, de poussière.
Boule au ventre de trop de silence,
De marcher au dehors, de courir, de crier.
Quoi ? Nos libertés ?
Tous, vieux et jeunes, enfermés dedans,
Peine reconductible à volonté.

J’étouffe.
Où sont passés les mots ?
Ceux qui disent, traduisent, libèrent ?
Ils sont du côté de « l’avant ».
Un jour j’espère, je regarderai devant.
Dis, c’est encore loin « l’après » ?


©Tous droits réservés

André du BOUCHET – Si vous êtes des mots… (France Culture, 1998)

mai 2, 2020

Myriam Eck – Extrait de recueil

mai 1, 2020

©Editions P.i.sage intérieur



Je sens l’oubli dans tous les replis de ma tête

L’oubli
Des formes qui retiennent ma tête

Toutes des formes d’oubli où disparaître

Des vides sans terre


Ma mémoire a formé dans mon vide ces limites

Tous ces vides ont pris forme dans ma mémoire


Le vide
Des formes de mémoire

Mémoires de l’oubli


Comment vider le repli où je me perds
Le repli où je me tais

L’espace où vivre est se vider

L’espace où je me vide


Comment écarter les replis sans qu’ils se vident de leur matière

Déplier les formes de ma tête
Où le vide se tait


Ma tête m’habite de toutes ses formes

Toute la matière de ma tête
Résonne


Une seule tête pour tout mon vide
Ce n’est pas disparaître



Pour vous procurer le livre, c’est ICI



Myriam Eck est née à Digne les Bains en 1972. Elle vient de publier le livre de poésie « Calanques » avec les dessins de Paul de Pignol aux Editions Centrifuges (mai 2018), après un premier livre « Mains suivi de Sonder le vide » aux Editions p.i.sage intérieur (2015). Plus d’informations : http://www.myriam-eck.com

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