Un rappeur me contacte sur Instagram pour une prod : licence, cession ou co-écriture ? Dans la grande majorité des premiers échanges, proposez une licence écrite. Vous gardez vos droits d’auteur sur la composition, l’artiste obtient un droit précis d’enregistrer et d’exploiter son titre. La cession totale se réserve à un prix et à un projet qui la justifient ; la co-écriture dépend d’un apport créatif réel du rappeur à la musique.
Un message vocal, un virement et un fichier WAV ne forment pas un contrat licence instrumentale rap solide. Quand le morceau prend de la vitesse, chaque détail remonte à la surface : crédits, streaming, clip, scène, Content ID, partage des revenus. Posez le cadre avant que la voix ne rencontre le beat.
Pour vendre une instru à un rappeur, accordez en priorité une licence écrite qui décrit l’usage autorisé, la durée, le territoire, le prix et les crédits. Conservez vos droits de compositeur sauf cession expresse, et fixez un split écrit si l’artiste a participé à la création musicale. Une exclusivité retire l’instrumentale de votre catalogue, sans effacer automatiquement votre part d’auteur.
Commencez par le bon modèle pour ce projet
La licence non exclusive, souvent appelée beat lease contrat, convient à une prod de catalogue. Vous autorisez un artiste à enregistrer, distribuer et promouvoir un morceau sur cette instrumentale selon des limites définies. Vous pouvez concéder la même instru à d’autres artistes, ce qui donne à votre catalogue plusieurs vies.
La licence exclusive vise un artiste qui veut être seul à exploiter le beat. Retirez alors l’instrumentale de la vente à compter de la date prévue et précisez le sort des licences déjà vendues. Sans cette clause, une exclusivité ressemble à une porte fermée dont personne ne sait qui possède les clés.
La cession droits instrumentale transfère des droits patrimoniaux identifiés au rappeur ou à sa structure. Elle mérite un tarif plus haut, car vous abandonnez une partie de vos revenus et de votre marge de manœuvre. Une cession vague du type « tous droits » fragilise l’accord : le contrat doit détailler les droits cédés, les supports, le territoire et la durée.
Ce que vous possédez réellement quand vous créez le beat
La mélodie, l’harmonie, les lignes rythmiques originales et l’arrangement peuvent relever du droit d’auteur. En France, l’auteur jouit de droits sur son œuvre du seul fait de sa création, sous réserve de son originalité, selon le Code de la propriété intellectuelle. Gardez vos exports datés, versions de session, stems et échanges : ils racontent la genèse du morceau.
Le master désigne l’enregistrement final : le fichier audio qui part au mastering puis vers les plateformes. Son propriétaire dépend du contrat et de qui finance ou prend l’initiative de la production phonographique. Écrivez-le noir sur blanc, surtout si vous livrez des pistes séparées ou si l’artiste paie l’enregistrement final.
Attention aux samples, boucles et kits. Une boucle achetée sous licence peut imposer des règles de crédit, interdire le Content ID ou limiter la revente d’une œuvre isolée. Vous ne pouvez pas céder au rappeur des droits que votre propre licence ne vous donne pas.
Écrire une licence non exclusive qui tient le rythme
Votre contrat doit nommer les parties, le titre ou l’identifiant de l’instru, la version livrée et le prix. Décrivez les usages permis : sortie sur DSP, YouTube, réseaux sociaux, clip, concert, presse, synchronisation éventuelle. Un simple « usage commercial autorisé » laisse trop de silence entre les mesures.
Fixez aussi les seuils : nombre de streams, exemplaires physiques, vidéos monétisées ou recettes de concerts, si vous souhaitez les limiter. Prévoyez le passage à une licence supérieure lorsque le titre dépasse un seuil ; indiquez alors le prix, le délai et ce qui arrive si l’artiste continue sans régulariser. Une licence peut être mondiale et sans limite de temps, à condition de l’écrire clairement.
Ajoutez une obligation de crédit visible : « Prod. [nom ou alias] », dans les métadonnées, la description vidéo et les crédits du projet. Les droits producteur beatmaker passent aussi par cette ligne courte, qui permet au public et aux professionnels de retrouver votre travail. Pour préparer un titre où le rap garde toute sa clarté, pensez aussi à faire de la place pour la voix rap sans vider l’instrumentale.
Une exclusivité ne signifie pas automatiquement abandonner vos droits
Une licence exclusive accorde au rappeur un monopole d’exploitation de l’instrumentale dans le cadre défini. Elle peut être limitée à un titre, à une durée ou à certains territoires, même si le marché emploie souvent le mot « exclusive » sans nuance. Dites si vos anciennes licences survivent : en pratique, elles doivent souvent rester valables pour éviter un conflit avec des acheteurs antérieurs.
Vous pouvez rester compositeur crédité et conserver votre part de droits d’auteur, y compris après la vente exclusive du master ou des fichiers. Si l’artiste demande une cession, chiffrez ce renoncement et détaillez chaque droit concédé. Votre droit moral, notamment le respect de votre nom et de votre œuvre, ne se cède pas en droit français.
Pour un beat débutant vendu plusieurs fois, une licence non exclusive à prix accessible crée une base saine. Pour une prod sur mesure, un label, une campagne de synchronisation ou un artiste déjà suivi, négociez l’exclusivité avec un contrat adapté. Le bon montant reflète le temps de création, les fichiers remis, l’ampleur de l’usage et les droits abandonnés, plutôt qu’un tarif copié sur Instagram.
Devenez co-auteur seulement si la création est partagée
Le rappeur qui écrit son texte devient en principe auteur des paroles. Il devient co-compositeur si son apport transforme réellement la musique : refrain chanté avec mélodie originale, accords, topline, structure musicale ou motif ajouté au beat. Interpréter une instru déjà terminée ne suffit pas à créer une part de composition.
Le split beatmaker rappeur répartit les droits d’auteur entre les personnes qui ont écrit paroles et musique. Il peut distinguer la musique et le texte, ou fixer une clé globale selon votre accord. Évitez les promesses floues comme « on partagera si ça marche » : signez le split avant la mise en ligne, quand le dialogue a encore le tempo calme.
La répartition ne doit jamais être automatique à 50/50. Une production entièrement composée par vous, avec un rappeur auteur de ses paroles, peut conduire à une répartition séparée entre musique et texte ; une topline co-créée appelle une discussion différente. Notre guide sur la répartition des droits entre co-auteurs d’une chanson aide à fixer ce point avant l’arrivée d’un label.
Le protocole simple pour vendre une instru par Instagram
Répondez d’abord avec trois questions : quel morceau, quel usage, quel budget ? Envoyez ensuite une offre qui nomme la licence, les fichiers inclus et les limites d’exploitation. Ne livrez pas les stems, le WAV sans tag ou le projet de session avant l’accord correspondant.
Faites signer un PDF ou valider un document électronique identifiable avant la remise des fichiers. Conservez la facture, le contrat daté, le paiement, le lien vers la version finale et les captures de l’échange. Un dossier par titre vaut mieux qu’une recherche fébrile dans trois ans, quand une vidéo explose.
Demandez enfin les métadonnées prévues : nom d’artiste, titre, ISRC lorsqu’il existe, distributeur, date de sortie et crédits. Si vous déclarez l’œuvre auprès d’un organisme de gestion collective, vérifiez que les parts correspondent au split signé. Un accord net laisse la scène libre pour ce qui compte : le morceau et son groove.
FAQ
Quel est le prix d’une instru rap ?
Il n’existe pas de barème légal. Une licence non exclusive simple coûte souvent bien moins qu’une exclusive, car vous gardez la possibilité de vendre la prod à d’autres artistes. Établissez votre prix à partir du temps passé, de la demande, des formats livrés, des plafonds d’exploitation et de la valeur des droits accordés.
Peut-on vendre la même instru à plusieurs rappeurs ?
Oui, avec des licences non exclusives qui l’autorisent clairement. Informez chaque acheteur que d’autres titres peuvent utiliser le même beat et évitez de promettre une exclusivité par message. Dès qu’une exclusivité prend effet, retirez la prod de votre catalogue selon les termes du contrat.
Faut-il faire un contrat pour une instru gratuite ?
Oui. La gratuité ne signifie pas l’absence de règles : précisez si l’usage est non commercial, si la monétisation est admise, si le crédit est obligatoire et si une licence payante sera requise au-delà d’un seuil. Un fichier « free for profit » sans conditions claires prépare des malentendus.
Le rappeur qui pose sur mon beat doit-il me donner 50 % ?
Non. La part se négocie selon les apports à la musique et aux paroles, puis s’écrit dans un split. Si vous avez composé l’instrumentale et qu’il a écrit son texte, chacun garde la part liée à sa contribution ; un refrain ou une mélodie créés ensemble peuvent modifier cette répartition.
