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Véronique Lagarde, choix de textes

octobre 20, 2020

C’est comme si le ciel se vidait
Comme ça
D’un coup
Plus d’aurore
Plus de bleu

Une Pluie froide

L’horizon s’est perdu

Des mots dégoupillés
Explosent à pleine vitesse
La bande son
Se rembobine au ralenti
Déforme ton visage
Me rend sourde
Nous synchronise
À la sortie de route
Accident des maigres pensées
Qu’avons-nous fait de nos soleils

C’est comme si le ciel
Se moquait une deuxième fois
Même à l’envers
Dans ce dialogue rompu

Il pleut encore sur moi

*

Il existe un banc de sable
Des langues de mer
Des déserts de mots
Où devenir île
Bloc inatteignable
Témoin de roche
Entaille
Creux
Eau
Où le temps érode
Le saillant
Le trop qui dépasse

Il existe une bande de terre
Une escapade
Avec sous la semelle
De la poussière au galop

*


Ta route vers l’ouest y voyais-tu
Une idée non raccourcie mariée à des jours plus longs
Un agrandissement de ciels pastel
Comme ces films en Technicolor
Où les enfants font des châteaux
Puisque
Il n’y aurait que cela à faire
Des châteaux de sable à la pelle

Y voyais-tu
Une conquête de gosses heureux
Avec le droit de veiller tard
De chuchoter
A l’abri de maisons basses
Des secrets d’éternel été
Dans l’oubli
Des lèvres pincées
Des regards de glace
Du vent soufflant au ras des dalles
Résonnance de nos pas perdus

Ces traces de doigts sur les vitres

*


Des jours cobalt se sont dissous
Des nuits friables
Affadies
Quelques éclats fusent en flash-back
Au bout d’un chemin de falaise
Dieu faisait signe au loin
Assis au milieu de la lande
Tu aurais pu
Sous les vapeurs de brume
Zigzaguer longtemps avec ivresse
Le temps se distordait
Puis Dieu est parti
Avec la brume l’été et l’idée-même de lui
Affaiblie
Depuis les rêves sont à la peine
Tu traînes des pieds
Il y a quelque chose à réanimer
Une rencontre secrète
Un miroitement
Le halo d’un mirage au bord de ciels à peindre

*


Blast
Le ciel a sombré, déplié, replié
D’un coup
Il te disperse
Tes mouchoirs s’envolent
Dessous
Nos chemins de crevaison, épais, lourds
Et nous
À s’être trop attardés, terreux
Depuis
L’exil tend les bras sans le vouloir
Quelque part
Consumés

On a laissé nos peaux au soleil

*

La nuit tombera un peu plus tôt
Et le silence
Le silence à toutes jambes
Obéira encore une fois
S’abattra en salves
Pénétrera le brouillard
L’espace coutumier

Nos sursauts
Leurs nouvelles cachettes
Surprendront les ressorts de nos mémoires usées
Nous serons poissons pâles
Buveurs d’eau trouble
Écume de nos peurs
Nous remplirons nos verres vides
Des restes de soleils échoués

Peut-être qu’au fond des mers
Gisent les leurres de nos songes défaits

*

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