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Extraits de »Vers Valparaiso » de Perrine Le Querrec

mars 15, 2020
Quarantaine

Il m’arrive de me cacher des mots des pages
entières je les retrouve scotchées dans mes
cahiers se refusant à mon regard je ne sais
plus pourquoi en quel temps et quelle
urgence à fabriquer un secret une
interdiction une quarantaine
Mon regard barré barricadé devant la feuille
repliée percée de l’agrafe interdite je butte je
recule m’asphyxie qu’y a-t-il d’écrit ?
Sous-jacente et rampante s’insinue
l’interrogation glaciale du sujet le Qui ? a
écrit mais quel geste mais quelle main mais
quel cri quelle femme recourbée sur sa feuille
déposant mots brûlants des blessures des
folies des envies

Le titre

Dès que le titre est écrit
Dès lors
Lettre à lettre apparition sur la page
lumineuse
Les doigts ont trouvé le rythme du titre a
trouvé sa place au sommet de la pensée sorti
de sa cachette cervicale il s’imprime se
dévoile
Dès que le titre apparaît plus moyen de
disparaître de reculer d’esquiver
Engagée
Responsable
Le serment le seul toujours qui dure toujours
Les portes claquent
toutes en même temps sous les courants
d’une pensée prise par la témérité d’un
nouveau livre
D’une nouvelle personnalité
Dès que le titre s’inscrit devant les yeux
ouverts c’est parti reparti pour un tour une
année à marcher à côté de la réalité ses bruits
venus de loin ses occupations reléguées à plus
tard
Lorsque sous le titre les mots auront pénétré
le sens façonné la forme couchée avec le
verbe
Lorsque déshabillée seul langagement
permettra de ne pas crever de froid.


Charabia

Je marque la page de mon identité
Je vois le monde au pied de ma lettre
par moi par soi par ailleurs
J’honore les contre-évidences
en tant que telles
Je suspends le langage
Je flirte avec le charabia
Je taxidermise les vies
J’entends la voix de la dépouille de la traque
au meurtre
du savant dépeçage au lent remplissage
du réel à la phrase
de la chair au papier


L’heure venue

L’écriture nocturne celle des insomnies des
questions existentielles des doutes. L’écriture
qui remplace les nuits. Remplace le sommeil.
Les rêves. Nuits d’hostilité parfois les
cauchemars sont préférables à l’écriture
insomniaque qui traîne sa carcasse de pièce
en pièce se cogne aux murs tombe se relève
geint grogne. L’écriture gorgée de doutes
d’impossibles d’irréalisation. Du désir de
mourir. Du besoin que toutes les femmes
soient à l’abri pour la nuit. L’écriture
nocturne si lourde que jamais elle ne s’élève
mais traîne sur le trottoir, rejoint les femmes
seules dans la nuit seules dans la vie seules
sur le trottoir qui est leur maison leur matelas
leur heure venue. Les mots alors qui sait s’ils
sont morts ou vivants
Enjambés
Repliés contre les murs
Encrassés incrustés
Ces mots – Enjamber
Écrasés sur les trottoirs
Les yeux fermés comme les leurs
Les narines pleines d’urine
L’écriture n’attend pas le froid pour parler
des femmes chaque nuit elle pense à vous.


« Vers Valpairaiso » est disponible dans toutes les librairies mais également sur le site des édtions du Carnet du Dessert de Lune ICI

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