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Christophe Magand, poèmes

septembre 17, 2012

Porcelaine

Tu
Bois le lait
Bois la neige
Noire des pas
De la terre
Et des bois
…………………..Noirs, si noirs !

(Ah ! qu’il est dur de dire qu’elle était cette forêt sauvage,
âpre et infranchissable, dont le seul souvenir réveille la terreur !)

Tu
Récites
en silence
Tous les noms
Des fleurs
Qui te protègent
Rempli de terre
De la peur
Dans la neige
Tous les noms
Qui resteront
Dans la nuit
Mirjam et Noämie

Mais ce monde n’est pas pour nous
Sœurs bénies, âmes chéries, Schechina

Tu poses
Ta bouche sur
La terre brûlée
Délicatement
Un baiser
Le thé
Et le lait
De nouveau
Ressuscitent
Ta
Grand-mère
Rahel

O Jérusalem ! Ton don d’un gâteau d’enfance !
Comment ne pas pleurer ?

Mais ne cites !
Tes propres mots
Peau tendre
Peau pâle
De la Terre brûlée
Blanchie à
La chaux
Ošwiecim et
la forêt où
Tout s’efface
A mesure que
S’énonce à voix haute
La Liste
Qu’est lu le Livre
Des Nombres
Du Maître
Autour d’une Chandelle secrète
Et délabrée
Mais non soufflée
Comme tout candélabre

Tu manges le pain
Le pain aux amandes
Tu manges les amandes
Les amandes amères
Dans l’assiette du
Service à thé
De fabrication normande près de Moisville !
Terre promise
Encore
Non tenue
Nu le corps
Du
Roi
Etendu
Allongé
dans la neige
Le sang de sa couronne
Et de son cœur
Dans l’assiette
Cœur et sang
De couleur Bleu
Ce n’est qu’un juif !
De douleur
A coté
Pleure
Sa mère Rahel

Tu
Plutôt
Le nom
Pour toujours
Jusqu’au Dernier jour
Pendant que
Pendant ce temps
L’Allemagne
Aveugle
L’Allemagne
Blocs de pierres derrières les paupières
Closes
Se rendort
Dans la nuit et rêve
A l’eau du silence
De ses Aulnes
De ses fontaines
qui ne
Désaltèrent
Plus
Qui ne purifient
Plus aucun
Cœur
Comme si de
Rien le nom
Le sans nom

Toi pourquoi ?
Toi que partout je cherche
Toi que partout j’appelle
Laisse moi t’aimer dans les murs de Jérusalem !
Laisse moi t’aimer
Sous le pont Mirabeau
En Ukraine encore
Toi qui sait
Tout O Mère depuis le tout
Début
Ton corps de porcelaine
Fendu de
Fer, reste
La rose parmi les bris
Dans les cendres
Les épines de sang
Dans la neige sans âge
D’antan
Douce et légère
Intacte et éternelle
Dans ta prunelle
D’opale
Comme toujours
Je retrouve
Tout
Ce que je croyais avoir
Pour toujours
Depuis toujours
Perdu

O Toi ! Ne m’abandonne pas dans le découragement
Soutiens moi dans ma solitude
Dans ma peur aide moi à dire
Contre mes ennemis
Qui me calomnient
Fais trembler à nouveau les murs de Babylone !
Pour que s’acquitte
Enfin
La dette
De vérité
Au cœur de la
Nuit clarté
Sur le sol du ciel

ASCHREJ ! Ziw.
.
.
.

L’évaluatrice

.
une vieille toute ratatinée
dans un coin de l’escalier
du métro
et sans dentier
tend la main en tremblant
pour les centimes des très rares passants
qui daignent ne pas l’ignorer
au jour du jugement
– c’est aujourd’hui –
c’est à partir d’elle exactement
la plus faible d’entre les faibles
que nous tous
seront jugés
c’est très exactement à partir d’elle
qu’est déclarée
l’absolue inanité
aussi spirituelle
de cette société
au sens propre du mot
sa monstruosité
– n’avons-nous donc pas même eu de mère ?

Sommes-nous nés de rien ?
.
.
.

Rechute

.
nom d’un
chien
je
vois bien
que je
redeviens
chrétien !

le récit
scientifique
écrase
tous les êtres
dans l’arbitraire
efface
le sens
dans l’indifférence
de l’infini

quand moi
je vois
concrètement
l’enfer
du réel
l’enfer des femmes
là-bas
violées en masse
martyrisées
des femmes en esclavage
leurs visages
passés à l’acide
l’enfer
des enfants soldats
complètement camés
qui massacrent en riant
hilares
des puissants corrompus
des charniers géants
remplis des corps gluants
glissant de sang
de femmes de vieillards et d’enfants
je vois
les vies
désolées
qui combattent
agonisent
avec leur fond
de vide
ces vies
qui éclatent
se fendent
comme gousse
coquille de noix
sous la glace
de la solitude
je vois
la justice
qui éclaire
du plus humble
le doute
atroce
le sublime
miraculeux
du pardon
la tendresse
intense
pour ceux qu’on aime
et qui meurent
quand même
et cette stupéfaction
sacrée
pour le mobilier
vivant du monde
les bibelots
splendides
l’éléphant
le papillon
saisi
dans l’amour
de ce qui
est

et ça
je sais
c’est chrétien
n’est-ce pas
toujours le même
dispositif
amputé
seulement
de la transcendance
de l’au-delà
.
.
.

Ravalement de façade

.
En traversant Prenzlauer Berg
Très tard dans la nuit
En longeant le parc
De la Kollwitzplatz
Etre étreint
D’une incroyable
tristesse
traversé d’un passé
que je n’ai pourtant
personnellement
qu’à peine connu
surtout ses traces
dans les choses et
dans les chairs
c’est la vie dans
l’ancien système
qui dans la nuit
me revient
et cette intense conviction
entre le réel d’aujourd’hui
avec ses façades rénovés
ses couleurs pimpantes
ses érotiques publicités
et celui austère et
secret
d’hier
le plus réel
n’est pas celui
désormais trop visible
c’est l’autre

.
.
.

Hivers

.

Le silence
Se dépose
Doucement
Jusqu’à masquer
complètement
Le passage
Qui était
Fréquenté
En été
Tombe
Et tombe
Un mur s’élève
Jusqu’au ciel
Sous le paysage
Demeure certes
La trace
Mais la fonte
En coulant
Redessine
Entièrement
Le dessin
Du terrain
On se souvient
Plus seulement
Qu’ici était
Un chemin
.

.
.

Courage

.
Que ton corps frêle
Ait à endurer
Un tel acharnement
Comme un affaissement
De l’intérieur
Un écroulement
Du dedans
Les retombées
De toutes ces guerres
traversées
Et quand arrive
Enfin la paix
Promise
La terre
Sereine
L’âge de la
réconciliation
Tu découvres
Presque avec surprise
Que tu n’en sors
Indemne
Le cancer
Les longues maladies
Inconnues
Sauvée de justesse
Les longues heures
D’opération
Ton corps
Ouvert
En deux
Déchiré
D’un trait
En travers
Et l’horreur
Du réveil
Branchée intubée
Aux machines
Même sous opium
Cette immense
Souffrance
Comme si cela
Ne suffisait pas
Mais ça continue
Les conséquences
Voilà que tu ne peux
Plus respirer
Nouveaux examens
Nouvelles tortures
Les tuyaux
Que l’on t’enfonce
Dans la gorge
Dans les poumons
Les seringues
Qui te transpercent
Les bras
Pour prélever
Les gaz du sang !
Diagnostic sec :
Emphysème
Te reste plus
Que 30 pour cent
De ta capacité
De respirer
Et toi
Toi, toujours vaillante
Toi tu dis
ce n’est rien
je ne te l’ai pas dit
tu sais
de loin
on peut s’inquiéter
pour rien !
Toi
Toi qui dis
Ça va
Ça va aller


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