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Frédéric Cogno, poèmes

juillet 17, 2012

La bécasse


Entre les bretelles du ruisseau poivre noir,
L’oiseau vient se poser, je me cache pour voir;
L’affriolant frottis affrète les feuilles frites…
La Belle friande, s’évertue, favorite,
A gratter un fouillis sur les mousses écumoires…

La forêt fait silence et s’écoute infusée,
Le soleil par à-coups de prénoms ajourés,
Proclame sur le sol la lignée du festin.
Je me tiens coi, splendeur! La piqueuse aux gredins
Va bénir la branchette et le ver agité!…

Près des chênes sacrés, totems veinés de lierre,
Quand la brise serpente au cellier des fougères,
Quand les guêtres de brume ont chaussé les sapins,
Les senteurs fourmillent et la truffe du chien
Piétine de piété en pistant des prières…

Foudre! Fusée! Furie! Boulet de plumes en flamme!
Était-ce une sorcière estompant l’entre-charme?!
Au pied d’un arbre mort, elle encochait une ombre,
Aussitôt volatile et croulant d’interrompre
Ce clin d’aile au fourré qui plut à ma jeune âme…

Gibier d’un autre azur cherchant l’ondée suprême!
Entre les bretelles du ruisseau poivre noir,
L’oiseau vient se poser, je me cache pour voir;
L’affriolant frottis affrète les feuilles frites…
La Belle friande, s’évertue, favorite,
A gratter un fouillis sur les mousses écumoires…

La forêt fait silence et s’écoute infusée,
Le soleil par à-coups de prénoms ajourés,
Proclame sur le sol la lignée du festin.
Je me tiens coi, splendeur! La piqueuse aux gredins
Va bénir la branchette et le ver agité!…

Près des chênes sacrés, totems veinés de lierre,
Quand la brise serpente au cellier des fougères,
Quand les guêtres de brume ont chaussé les sapins,
Les senteurs fourmillent et la truffe du chien
Piétine de piété en pistant des prières..

Foudre! Fusée! Furie! Boulet de plumes en flamme!
Était-ce une sorcière estompant l’entre-charme?!
Au pied d’un arbre mort, elle encochait une ombre,
Aussitôt volatile et croulant d’interrompre
Ce clin d’aile au fourré qui plut à ma jeune âme…

Gibier d’un autre azur cherchant l’ondée suprême!
Bel oiseau mystérieux, vole à même un poème!
Une becquée d’étoile, un berceau de genêt,
Les édredons soyeux d’une lune initiée,
Sont-ce ces nids secrets où tu couves un diadème?

D’un éclair mordoré la Dame a fait son choix,
Et moi l’observateur qui ne chasse, ma foi,
Qu’avec un rêve épars dans les nues mandolines,
J’ai donc vu sa baguette ordonner les collines,
La magie au long bec orchestrer les sous-bois!
.
.
.

Le bon pain

.
Quand rêve le grillon, quand le feu siffle encore,
Il sort des fours patients comme un astre d’aurore,
Le bon pain,
Il sent bon le couffin et le landau de miel,
Sa croûte a ce charme de chanter le soleil,
Le bon pain,
Il a ce sentiment du petit paysan
Qui offre sa moisson venue des meilleurs champs,
Le bon pain.

Rustique et provincial près du pétrin de bois,
Il se souvient toujours des moulins d’autrefois,
Le bon pain,
Il cajole en son coeur des semailles illustres,
Une mie parfumée qui adoucit les rustres,
Le bon pain,
Un conte de Noël au moelleux chuchotant,
L’envol peu rassuré du baiser de l’enfant,
Le bon pain.

C’est le gentil meunier et sa meule simplette
Qui blanchissent nos doigts et nous content fleurette,
Le bon pain,
C’est l’humeur généreuse et l’infinie bonté,
Le labeur si touchant de l’ami boulanger,
Le bon pain,
C’est l’histoire de nos pères harnachés de courage,
C’est la main calleuse des anciens du village,
Le bon pain.

Il a ce goût de femme au seuil de sa maison,
L’émotion des veillées remuant les tisons,
Le bon pain,
C’est la bouchée d’un ange au firmament fleuri,
Quelques miettes laissées par des coquineries,
Le bon pain,
Souverain sur la table, il invite à la ronde,
Quand on le pose là, il est à tout le monde,
Le bon pain.

C’est une croix signée qu’on a fait sur son dos
Pour remercier le jour avant chaque morceau,
Le bon pain,
Il attendra l’enfant, le pauvre et le voyou
Pour réchauffer leur cœur en copain sans le sou,
Le bon pain,
Du levant au levain au dessus de nos lois,
Une fois partagé il donne de la joie,
Le bon pain.
.
.
.

La ronde des fromages

.
C’est notre plus beau patrimoine,
Des trésors aux goûts prononcés,
Ils ont gardé tous leurs secrets,
Malins fermiers, silencieux moines,
Humant les villages de France,
Garde-manger du Paradis,
Plongé dans le foin des prairies,
Que vais-je choisir dans la danse?…

Ah! L’ABONDANCE et le BEAUFORT,
Le REBLOCHON, le ROQUEFORT,
Le BLEU D’AUVERGNE et la RIGOTTE,
Le NEUFCHÂTEL, le BRIE DE MEAUX,
Le CAMEMBERT, le LIVAROT,
Le MAROILLES et la CANCOILLOTTE;
On continue par le COMTE,
Le PONT-L’EVÊQUE et le MORBIER,
Le MONT-D’OR et le SAINT-NECTAIRE,
Le COULOMMIERS et le BROCCIO,
Le LAGIOLE et le CHABICHOU
Ou bien un POULIGNY-SAINT-PIERRE..!

Brousses, tommes, que de joyaux!
Tous ces parfums immémoriaux
Louent les lutins de l’affinage,
Ensemble on défend le lait cru,
Dans la paille, entre toute nue!
Rejoins la ronde des fromages!

Ces goûts de terroir, nos ancêtres,
Les ont charmés avec leur coeur,
Pressant la pâte avec douceur,
Brossant la croûte qui va naître;
Parfois laissant faire la nature,
Les caves qui sucent le temps,
Nous revoilà comme en plein champ
Avec d’exquises moisissures!…

La FOURME D’AMBERT, le CANTAL,
Le BLEU DES CAUSSES et L’EMMENTAL,
Le MUNSTER et le GRATTE-PAILLE,
Le VACHERIN, le PICODON,
Le BLEU DE GEX et le BANON
Avec L’EPOISSES et la CACHAILLE!
Le ROCAMADOUR, le POURLY,
Le SALERS, L’OSSAU-IRATY
Avec la CHEVRETTE DES BAUGES,
Le VALENCAY et le ROLLOT,
Le SELLES-SUR-CHER, L’ALIGOT,
Le PERAIL et le PAVE D’AUGE!…

Je suis amoureux des brebis,
De la chèvre et de son cabri,
Des vaches montant aux alpages;
Ensemble on défend le lait cru,
Dans la paille, entre toute nue!
Rejoins la ronde des fromages!
.
.
.

Le marchand de glaces

.
Il est là sur la place…
Chouette! Y’a le marchand de glaces!
Ce que je veux, c’est du chocolat!
Deux boules, ça ira…

Deux boules au chocolat!
Une glace endiablée dans les rue de Cuba,
C’est un parfum joueur au bras d’une samba,
Sorcier au fessier noir chasseur d’anaconda!

La glace au chocolat!
C’est l’été sur ta peau suant les favelas,
Des pépites gourmandes égrainées par les rois,
La cité renaissante aux sabres des Incas!
La glace au chocolat!

Et toi que choisis-tu?
De la fraise, je t’ai reconnu…
De la vanille en robe légère…
Rivales pour te plaire!

La fraise, la première!
C’est ce fruit amoureux du lait de la fermière,
Un instant dérobé d’école buissonnière,
Un petit baiser sur l’aube en boutonnière!
La fraise forestière!
Parfums de courts jupons annonceurs de lisières,
Chétive majorette en rosée printanière,
C’est un prénom gardé au frais d’une prière,
Un téton d’écolière!

La vanille sauvage!
C’est l’amour alangui et tout nu sur la plage,
Une île de moiteur défiant tous les corsages,
Dans une garçonnière, un rendez-vous d’orage!
Un arôme-mirage!

Des fleurs et des oiseaux, des sources , des feuillages,
Bercés tout mollement dans le flot des ombrages,
C’est le chant maternel cajoleur des rivages,
Tu peux lui rendre hommage!

Et toi, le plus gourmand?
Du citron vert? Comme c’est charmant!
De la pistache et du praliné?!!..
Drôle de destinée!

Le citron vert pressé!
C’est une ondée coquine, un frisson inhalé,
Une écume du soir sur des lèvres gréées
En rayon doux-amer soulignant les marées!
Un fruit à explorer!

C’est un spasme soudain dans un collé-serré,
Un râle de lagon, un zeste main mouillée,
Dans la paillote bleue, des fesses à croquer!
La saveur déflorée!

Pistache et sentiment!
Un goût de vagabonde aux pieds nus verts des champs,
C’est un chemin boisé où elle passe en chantant,
Rêveuse, chancelante, étrange par moment,
La glace de haut rang!

Châtelaine fugueuse un jour de faux amant,
Maniérée mais joviale avec l’été bouclant
Casseur d’amandes fraîches entre deux cailloux blancs!
Parfums de soupirant!

Le praliné enfin!
Baroque, solitaire, esprit des grands destins,
C’est le parfum douillet des salons, des bois fins,
L’ami des artistes, des moines, des devins!…

Ô Du Plessis-Praslin!
Oracle à demi-voix couleur de parchemin,
Un peu de clair-obscur sous sa lampe d’airain,
Respect au Maréchal ! Ne le dérangez point!..
Et je vous dois combien?…

A bientôt sur la place!
Merci monsieur le marchand de glaces!
Quel beau voyage au bout du cornet!
Que je me suis taché!…
.
.
.

Le paysan

.
Il prend depuis qu’il est gamin,
La première heure du matin,
Avec du pain et un oignon;
Dans le petit vent aigrelet,
La taille de mars a sonné,
Il faut bien suivre les dictons;
La terre et l’épierrage des champs,
C’est l’affaire du paysan
Avec son couteau dans la poche,
Après les tisons, l’aube bleue,
Il chantera l’amour heureux
Entre un râteau et une pioche.

Ô langage des marguerites!
Où passe-t-on le rêve à gué?
Dîtes-moi à peine effeuillées,
Si son fiston prendra la suite?…

Arrive le temps des semailles,
L’herbe est déjà drue sur les drailles,
Sous les clapiers, la poule glousse;
Les fleurs et les fanes lutinent
La petite allée pateline,
Mais attention aux lunes rousses!
L’été, les glaneuses du village
Iront veiller dans les alpages,
Le lait chauffera pour les tommes;
On compte ce qui tient encore,
Rien ne se perd loin du folklore
Car la campagne est économe…

Citadin, toi qui te promènes,
Chéris les chemins vicinaux,
Vois ces taiseux du même mot,
Le mot Travail qui les gouverne!…

Guetteur de noix, des nuits frisquettes,
Bientôt il rentrera les bêtes,
Je goûterai son eau de vie,
Son assiettée de cochonnailles
Et son chèvre frais sur la paille,
Tout ce qui donne longue vie;
Ce soir, nous reparlerons de chasse
Et des traditions qui agacent,
Du vieux terroir, des choses saines,
Nous fêterons la soupe au lard
Au cul du loup et du renard,
Vivent nos battues dans les plaines!

C’est l’histoire de nos vaillances,
L’identité qui anoblit,
Ce paysan, trop seul depuis,
Pour raconter son coin de FRANCE…
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Bibliographie

– le non-dit des saveurs » provisoirement épuisé
– « baisers et soufflets »
-des goûts pillés ».
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Sa page sur le site WeLoveWords


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