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Hamid Tibouchi, poèmes

mai 10, 2012

Magritte réaliste

il arrive que l’horloge s’arrête
plus de pensées plus d’images
plus de sentiments plus rien
que le vide le grand vide

on est alors
un homme
troué
à la Magritte

dans la fenêtre
du trou en soi
on peut voir le ciel
les nuages

le trou énorme
s’ouvre parfois dans la tête
d’autres fois en plein thorax
ou encore dans l’abdomen

(Extrait de Riens, inédit)

.
.

Nous habitons une ville

nous habitons une ville gardée
les rues gardées les écoles
gardées les w.c gardés le bordel
gardé les musées gardés par des
gorilles aux lèvres retroussées
dans chacune des impasses
nombreuses est posté un vieux bouledogue
dans chaque arbre chaque revers de vent
derrière chaque porte d’entrée chaque porte
de sortie est placé un regard qui dévisage
déshabille lit dans les gestes les cœurs
inscrit dans sa rétine les hors-la-loi
nous n’irons plus dans les jardins publics
sur les plages piétinées
nous irions peut-être au port
s’il y avait encore des paquebots
alors nous n’irons plus nulle part
même les portes de secours vois-tu sont gardées

Extrait de Mer Ouverte, Ed. Caractères, 1973

.
.

L’AMOUR CHAMPION DU MONDE
DE SAUT EN HAUTEUR

saute
saute-la
saute c’te satanée barrière
saute
saute les étapes
saute les mots
saute les lignes
saute les pages
saute les piles de bouquins
saute les montagnes de bibliothèques
saute les romans fleuves
saute les océans de logorrhées
saute les mille et une nuits de solitude
saute les doutes
saute les hésitations
saute les tergiversations
saute les caps les handicaps
saute-les tous ces freins
saute-les toutes ces entraves
et va amour
va par les chemins de traverse
va calmer sa douleur

.
.

Des racines

des racines sensibles
s’enfoncent dans le plus profond du jardin
vaisseaux tentaculaires câbles
prospecteurs
à la recherche
de quel indice
le rosier s’agrippe au grillage
ses petites feuilles me font de petits
signes glacés à travers le canevas
encore plus mystérieux
un tapis volant d’étourneaux
a lâché dans l’air
une goutte d’huile de froid
un arbre m’a dit
va donc voir la mer
je l’ai trouvée qui rageait entre les rochers
un dieu accroupi lavait son linge
les flots jouaient avec la mousse
qui tissait vers le rivage
des suaires de neige

.
.

VACHEMENT

aime
aime
aimeeuh
aime-la
aime-la la vache
aime-la follement
aime-la rageusement
aime-la folle la vache
aime-la enragée la vache
aimeeuh-la entièrement
aimeeuh le lait de vache
aimeeuh la bouse de vache
aimeeuh la peau de vache
aimeeuh la vache qui rit
aime-la
et ferme-la
ferme la vachette
à double tour

.
.

Hamid Tibouchi

Né en 1951 en Algérie. Peintre et poète, il vit et travaille en région parisienne depuis 1981. Après des études au lycée de Bougie, puis à l’École Normale Supérieure d’Alger, il est assistant de français en Angleterre, puis professeur d’anglais près d’Alger. En 1983, il est diplômé en Arts plastiques de l’Université Paris VIII. Depuis 1981, date à laquelle il se consacre essentiellement à la peinture et à l’écriture, il expose régulièrement en France et à travers le monde. En 1994, il obtient le Prix du public au Salon Découvertes 94 à Paris. À ce jour, il compte une soixantaine d’expositions personnelles et près de trois cents participations à des expositions de groupes. Auteur d’une quinzaine de plaquettes et recueils de poèmes, il est régulièrement invité à lire ses textes dans des festivals de poésie, des Maisons de la poésie, des bibliothèques et des établissements scolaires.

Bibliographie

– Mer ouverte, Éditions Caractères, Paris, 1973.
– Soleil d’herbe, Éditions Chambelland, Paris, 1974.
– Il manque l’amour, Éditions de l’Orycte, Sour-el-Ghozlane, 1977.
– Cinq dans tes yeux, sous le pseudonyme de Hamid Targui, Auto-Éditions, 1977 (cadavre exquis avec O. Abdeddaïm, D. Devigne, D. Martinez, M. Medjahed).
– Le jeune voyageur et le fantôme vieux-jeu, Auto-Éditions, 1978.
– D’ailleurs, ça ne peut plus durer, Éd. de l’Orycte, Sour-el-Ghozlane, 1978.
– Parésie, Éditions de l’Orycte, Paris, 1982.
– La mer, livre de bibliophilie en collaboration avec Louis-Marie Catta, Adonis et Hassan Massoudy, Atelier Pons pour les lithographies et Atelier de la Cerisaie pour la typographie, Paris, 1991.
– Pensées, neige et mimosas, La Tarente, Paris, 1994.
– Giclures (cinq encres de l’auteur), La Tarente, Paris, 1995.
– Herbes rousses, Livre d’artiste en accordéon avec des gravures-monotypes de l’auteur (exemplaire unique), 1999.
– Stigmates, La Tarente, Paris, 2001.
– Un arbre seul, La Tarente, Paris, 2001.
– Kémia, Le Figuier de Barbarie, Niort, 2002.
– Nervures, empreintes & lavis, Rumeur des Âges, La Rochelle, 2003.
– Attention fragile, La Tarente, Paris, 2004.
– Nervures, Éditions Autres Temps, Marseille, 2004.

Textes, dessins et peintures

dans diverses anthologies, plusieurs manuels scolaires, ainsi que dans de nombreux périodiques (Esprit, Europe, Alif, Traces, Signes, Solaire, Algérie Littérature/Action, Poésie 1, Fanal, Le Journal des Poètes, 25 Mensuel, Athanor, Écriture, La Sape, Bacchanales, Poésie/Première, Horizons Maghrébins, Artension, L’Art Aujourd’hui, La Traductière, Area…).

Contribution au dossier N° 9, “ L’hétérogénéité en arts plastiques ”, du magazine en ligne Mag arts du Cndp, accessible à l’adresse :www.cndp.fr/magarts/heterogeneite/temoignage2.htm

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