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Erich von Neff, poèmes

mai 10, 2012

Peinture sur aluminium

Belinda n’est pas vraiment un profil de face
C’est une roue d’horlogerie
Une recherche d’équilibre entre dilution et chaos
Le statu quo actif est réalisé
Par une batterie complexe de facteurs
Des contours tourmentés aux fossés qui la creusent

Jonglez s’il vous chante avec les concepts de mouvement et de pause

Ou mettez un terme
Au calembour visuel de ce métal jaune
Animé d’un éclair rotatif
Tout a priori serait impertinent
Avec ces mots qu’il ne faut pas prendre à la lettre

*
*

Les ongles verts

Dans la chambre pavée de miroirs
En compagnie de la prostituée aux ongles verts
Les réflexions de nos corps
Nous suivaient en séquences fragmentées

Carrés réfléchissants
Empilés, disposés côte-à-côte, renversés, réorganisés
Déploiements de nos mouvements en sueur
Ordonnées, puis dérangées versions de nous-mêmes
Des pieds, des seins, des têtes, des ongles verts….

Dans la chambre pavée de miroirs
Arrangements artistiques et grotesques
De spasmes en convulsions
Encadrés et recadrés
En compagnie de la prostituée aux ongles verts

*
*

MOSAÏQUES D’AUTOMNE

Les femmes de papier
Marchent aux plafonds

Ces diablesses s’articulent à partir de
Photos collées sur du carton
Découpages
Clic clac
Reliques oubliées du
Numéro de Vogue de septembre 1937

Prudence quand vous les découpez
J’attire votre attention
Faites-les adhérer puis léchez-vous bien les doigts

Et alors elles peuvent prendre leur envol seules
De préférence sur les plafonds
Pour y diffuser leurs jambes et leurs poitrines d’avant-guerre

Cherchez, cherchez au-dessus de vous le magazine de l’automne
Dévissez-vous le cou !
Les yeux hors de la tête

Mais oui enfin, jaillissez, c’est ça
Décollez comme une fusée

*
*

UN ÉTÉ AUX ONGLES INCARNÉS

Imaginez-vous à Laguna Beach
Le soleil chaud dorlote votre corps
Le pus dégouline le long des plaies de vos jambes
Vous êtes encerclé de corps décapés au sable
Merveilleuses merveilles
Femmes distinguées du royaume des sables
D’irritantes étreintes
Capturent un moment de romantisme oublié
L’évident y est suggéré
Et la chasse ouverte
Le pus dégouline le long des plaies de vos jambes

*
*

Le Reflet de la Mémoire

Le murmure de la nuit
Nos voix étaient des murmures dans la nuit
Elles se superposaient
Comme nos corps, nos surfaces
Jusqu’à notre rencontre lumineuse
Entre ciel et espace
Délirante harmonie
Infusant de la lumière dans la réalité
Malgré ses variantes textuelles
Elle ne pouvait être déviée
Du droit chemin
Délirante harmonie, encore
Le murmure de la nuit
Nos voix étaient des murmures dans la nuit*

*Ecrit en écoutant le concerto pour violon The Butterfly Lovers, composé en Chine en 1959

*
*

L’OMBRE DU LOUP BLEU *

Byamba entendit le Loup Bleu cette nuit-là
Elle l’entendit chasser les âmes
Accompagné d’un faucon gris**
Le faucon gris, qui laisse dans son sillage des mots secrets
Des mots que seuls connaissent les chamans mongols
Des mots que certains pensaient être des fantômes
Le faucon gris n’était pas si bête. Il dit :
« Ce ne sont pas mes mots qui sont des fantômes
Mais les fantômes de mes mots qui sont des fantômes »
Car le faucon gris était le fantôme du Loup Bleu
Ils chassaient ensemble
Ils chassaient les âmes***

*Le Loup bleu et la biche sont les ancêtres totémiques des mongols
**Le faucon gris figure dans la mythologie mongole
Voir The secret history of the Mongols, traduction de Francis Woodman
Cleaves, Harvard University press, pages 1 , 5 , and 1982 .
***Pour écrire ce poème, j’ai consulté Byamba Sodnompuntsag, d’Oulan-
Bator, en Mongolie . Ecrit l’année du rat dans la lune de la digue (calendrier
mongol)

*
*

Erich VON NEFF


Né en 1939 à Manille aux Philippines. Peu de temps avant la deuxième Guerre Mondiale , sa famille est revenue s’installer aux Etats-Unis.

Erich VON NEFF a servi dans les Marines, puis a travaillé comme inspecteur de terrains , brasseur, postier, jardinier pour la ville de San Franscisco, et enfin , docker sur les quais de cette même ville où il réside aujourd’hui.

Erich VON NEFF est titulaire d’une licence et d’une maîtrise de la San Francisco State University. Il a poursuivi des études de troisième cycle en philosophie à l’Université de Dundee (Ecosse).

Des poèmes et nouvelles d’Erich VON NEFF ont été publiés aux Etats Unis , en Ecosse , en Belgique et en France.

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