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Francesco Tomada, poèmes

avril 21, 2012

PASSÉ SAVOGNA, VERS LA RIVIÈRE ISONZO

A Mario Carnelut

Je sais que tout doit finir
comme les rues quand elles se font plus étroites
jusqu’à se fondre dans les champs
aujourd’hui j’ai pensé à la mort et j’ai souhaité que ce soit
comme se perdre dans l’herbe
ainsi derrière la maison de ma mère
nous marchions jusqu’aux chemins de fer
et voir le train donnait déjà l’idée du lointain
où un jour nous serions allés

OLTRE SAVOGNA, VERSO L’ISONZO

A Mario Carnelut

So che tutto deve finire
corne le strade quando si fanno sempre più strette
fino a confondersi fra i campi
oggi ho pensato alla morte e vorrei che somigliasse
a perdersi nell’erba corne quando
dietro alla casa di mia madré
si camminava fino alla ferrovia
e vedere il treno era già l’idea di un lontano
dove un giorno si sarebbe andati

*
*

TRENITALIA

Heureusement je fréquente peu les gares
le soulagement passager des retards l’instant
très long dans lequel le train s’éloigne
parce que sur le quai le départ
a la saveur de l’abandon
et jamais les annonces n’ont un mot
pour celui qui reste

TRENITALIA

Per fortuna frequento poco le stazioni
il sollievo passeggero dei ritardi l’attimo
lunghissimo in cui il treno si allontana
perche dal marchapiede la partenza
ha il sapore di lasciarsi
e negli annunci non c’è mai una parola
per chi resta

*
*

À MA MÈRE

Je regarde la maison où tu vis seule
celle où moi aussi je suis né
et j’ai vécu
tu dis que plus rien ne te lie à cette terre
que tu iras habiter plus près de moi
on ne sait jamais, une grippe
ou seulement un meuble à déplacer
entre temps tu as rénové les chambres
changé la cuisine ciré les planchers
peint la balustrade du même rouge brûlé
qu’elle a toujours eue
c’est comme si avant de partir
tu mettais en ordre tes souvenirs
et j’ai peur de penser que tu as plus de soixante-dix ans
que sans rien dire pour ne pas m’inquiéter
tu te prépares à quelque chose de plus grand
qu’un déménagement

A MIA MADRE

Guardo la casa dove vivi sola
la stessa dove anch’io sono nato
e ho vissuto
dici che più niente ti lega a questa terra
che verrai ad abitare più vicina a me
non si sa mai, un’influenza
o soltanto un mobile da spostare
intanto hai rinnovato le stanze
cambiato la cucina lucidato i pavimenti
dipinto la ringhiera dello stesso colore bruciato
che ha sempre avuto
è come se prima di andare
tu mettessi in ordine i ricordi
e ho paura di pensare che hai più di settant’anni
e senza dirmi niente per non farmi preoccupare
ti stai preparando a qualcosa di più grande
di un trasloco

*
*

SENZAVINO*

Mon grand-père disait que manger
sans vin sur la table
lui rappelait le temps de la guerre
ma grand-mère lui a longtemps survécu
et quand elle est morte aussi
nous avons trouvé mille deux cents bouteilles vides
alignées comme des soldats le long du mur
dans l’appentis
après le dîner les dernières années elle s’asseyait sur le divan
avec un sourire étrange que je ne comprenais pas
je pensais que c’était ce qu’elle voyait à la télévision
au contraire
elle goûtait à la paix

*Sans vin

SENZAVINO

Mio nonno diceva che mangiare
senza vino in tavola
gli ricordava il tempo della guerra
mia nonna gli soprawisse a lungo
quando anche lei mori
trovammo milleduecento bottiglie vuote
allineate come soldati lungo il muro
dietro alia legnaia
dopo pranzo negli ultimi anni lei si sedeva sul divano
con un sorriso strano che allora non capivo
pensavo che fosse per qualcosa alia televisione
invece
aveva approfittato della pace

*
*

AMOUR ET GUERRE

Tu te souviens, les bombardiers volaient haut
au-dessus de Gorizia et vers Belgrade
le grondement de leur moteur était assourdi comme la rumeur
de l’eau qui glissait dans la gouttière
continu comme l’obscurité
en ces nuits nous étions encore ensemble
et quand notre respiration se faisait plus lente
de nouveau ce son dans le ciel, tu te souviens
la guerre a une ténacité que la paix ne connaît pas
nous restions nus sans mot dire
presque honteux de nous-mêmes
d’avoir fait l’amour

AMORE E GUERRA

Ricordi, i bombardieri volevano alti
sopra Gorizia e verso Belgrado
il rombo dei loro motori era sordo come il rumore
dell’acqua che scorre nelle grondaie
continuo come il buio
in quelle notti siamo anche stati insieme
e quando il nostro respiro tornava più lento
di nuovo quel suono dal cielo, ricordi
la guerra ha una tenacia che la pace non conosce
restavamo nudi senza dire una parola
quasi a vergognarci davanti a noi stessi
di esserci amati

*
*

NOCTURNE, DEUX NOTES POUR UN RETOUR

Du ventre de ma mère ils avaient peiné à me sortir, j’avais une main sur les
yeux comme si je voulais me couvrir de la lumière et je ne passais pas, je ne
passais pas. Mon oncle s’arrêtait tous les jours devant mon berceau, puis
regardait ma tête et disait : « Elle ne prendra jamais une forme normale. »
Il avait raison, j’ai encore les traits irréguliers, mais cette nuit il y a une
lune bienveillante qui me suit dans la maison et sa faible lumière change
mes défauts en ombres.
Un chevreuil est sorti des champs, est resté dans le faisceau des phares
avec des pupilles brillantes comme des diamants suspendus dans l’air.
J’ai ralenti, me suis arrêté, après une très longue seconde il s’en est
allé. Comme ces bêtes aveuglées quand elles attendent la mort, ainsi j’ai
demandé qu’elle nous enlève la vie : brusquement, et nous, là, à l’attendre
les yeux fixes, avec le courage que je n’ai même pas eu pour naître.

NOTTURNO, DUE NOTE PER UN RITORNO

Dal ventre di mia madre mi trassero a fatica, avevo una mano sugli occhi
come a coprirmi dalla luce e non passavo, non passavo. Mio zio si fermava
ogni giorno davanti alla culla, poi mi guardava la testa e diceva : « Non
prenderà mai una forma normale ». Aveva ragione, ho ancora i lineamenti
non regolari, ma stanotte c’è una luna comprensiva che mi segue verso
casa e la sua luce lieve cambia i miei difetti in ombre.
Un capriolo è uscito dai campi, è rimasto nel fascio dei fari con le pupille
brillanti come diamanti a mezz’aria. Ho frenato, mi sono fermato, dopo
un secundo lunghissimo è andato via. Corne le bestie abbagliate quando
aspettano la morte, cosî io chiedo ci prenda la vita : di schianto e noi li ad
aspettarla ad occhi serrati, con quel coraggio che io non ho avuto neppure
nascendo.

*
*

ASTRONOMIE PRIVÉE

J’ai cinq grains de beauté sur le bras
gauche et dès l’enfance
je les unissais en une forme
d’enclume
comme une constellation
en négatif
sur le ciel rose de la peau
qui délimite l’espace pour la vue
sans pour autant l’enfermer
et on ne sait où se poursuit
l’infini
à l’intérieur ou dehors ou simplement
il nous traverse

ASTRONOMIA PRIVATA

Ho cinque nei sul braccio
sinistro e già da bambino
li univo in una forma
di incudine
come una costellazione
in negativo
sul cielo roseo délia pelle
che délimita lo spazio alla vista
ma non lo rinchiude
e non sai dove prosegue
l’infinito
se dentro o fuori o semphcemente
ti attraversa

*
*

l’affection peut être dessinée ainsi :
choisir un point quelconque sur la carte du monde
où on pourrait être maintenant
et de là jusqu’à ici appuyer avec force sur le crayon
tracer une ligne droite
creusant la courbe de la Terre

si puô disegnare l’affetto :
scegliere un punto qualsiasi del mappamondo
dove potresti essere ora
e da li fino a qui premere a forza sulla matita
tracciare una linea diritta
scavata nella curvatura délia Terra


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