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Dimitri T. Analis

avril 3, 2012
Avec le vent bruissant au loin sur la mer
Et les eaux glauques aux courants profonds
Leur regard se creuse d’un vide qui se répand
Jusqu’à l’horizon, aux limites de la lumière.
Dans le ciel assombri s’ouvre une brèche
Et la clarté s’immobilise aux confins du jour

Ce qui pourrait changer c’est le regard.

Parmi les dunes de sable, au-delà du rivage,
Les mêmes visages ont toujours fait naufrage
– Tous les absents et tous les morts, réfraction –
Car entre eux et nous sombre la mémoire.
Et toutes ces eaux qui coulent aveuglantes
Ajoutent à leur désarroi et le vent murmure

Qu’ils ne sont que prétextes pour le temps.

Ils se rapprochent, ils sont là, ou bien
Est-ce la providence qui se joue d’eux
Ou de nous ? Cependant leurs formes avancent
Mais ils refusent de n’être que mirage, apparence,
Le reflet d’une image, une rêverie, une figure
Dans le vide ou une représentation, ils désirent
Éloigner toute chimère ou rêve, toute illusion
Ils cherchent peut-être une caresse, un sourire.
Ils ne quitteront pas cette grève L’autre rive,
La nôtre, n’est pas pour eux, et nous
Nous ne passerons jamais cette mer.
L’autre rive est leur lot, ici notre destin.

S’ils flottent, bougent, ondoient, c’est
Qu’ils sont fidèles à leur mouvement
Ils ne questionnent ni ne répondent.
Ce qui a changé c’est notre regard.

Ils sont langage inaltérable, intact, entier.

Inchangés ils réapparaissent à travers le temps,
Inaltérables, la mort ne peut rien contre ceux
Dont le regard a défié les dieux.
Ils reviennent au bord du rivage
Dans la même chaleur moite et douce
Des reflets matinaux, ils se savent libres
Car ils ne vivent pas dans la vraie solitude.
Ils ont des compagnons de par le monde
Et ils attendent l’éclaircie qui rendra
Leur regard, leur visage, à jamais transparents.

S’ils restent debout droits sur eux-mêmes
S’ils ne se reposent jamais, c’est surtout
Pour être battus par de hauts vents
Là où un orage lumineux resplendit.

Nous sommes les hommes de l’autre rive
Enfermés dans notre propre miroir
Le sable du temps coule à travers nos doigts
Nous n’avons pas voulu céder aux rêves
Pourtant notre coeur leur était acquis.

La rancune des fées, le dégoût des anges,
Le ciel à jamais fermé, nous ont allaités
Nous avons craché le sein maternel,
Rescapés nous ne sommes pas les derniers.

Nous vivons au crépuscule des terres
Notre fin est notre but, toute naissance
A été maudite, nous sommes les absents
Du désir de la mère, morts-nés d’une image
Et les mains qui nous ont caressés, vides.


One Comment leave one →
  1. Ric Gullo permalink
    novembre 4, 2019 10:59

    Merci bien pour avoir publié le texte, autrement introuvable en ligne, d’un intellectuel malheureusement peu connu.
    Je Vous signale qu’il serait mieux d’ajoindre le titre : « Hommes de l’autre rive ».

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